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Naissance d’un orgue (par Jean-Luc GIRAUD, architecte)

"Architecture et musique sont soeurs, proportionnant l’une et l’autre le temps et l’espace"

Préalable

En février 1996, la Ville de Reims décidanait de lancer une consultation a

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uprès de Fateurs d’Orgues pour la construction d’un Grand Orgue dans la Basilique Saint REMI à Reims. Celui-ci devait être placé dans la nef, en nid d’hirondelle, au niveau de la 10ème travée de la tribune. Bertrand CATTIAUX me fit part alors de sa décision d’y participer, et me demanda de l’assister en tant qu’architecte, pour la conception du buffet et de sa structure. J’acceptai avec joie, tout en mesurant l’extrême difficulté que présentait l’exercice en raison de l’emplacement privilégié réservé à l’instrument dans un site aussi prestigieux et remarquable que la Basilique Saint REMI.

Du rêve à la raison

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Le cahier des charges, établi par l’Architecte en Chef des Monuments Historiques, définissait de façon très précise certaines dispositions architecturales auxquelles devait répondre le dessin du buffet pour s’intégrer le plus magnifiquement possible dans l’édifice.

Ainsi, l’étroitesse de la travée (un peu moins de 5 m) dans laquelle il devait rester cantonné et l’avancée limitée de l’instrument dans le volume de la nef nous obligeaient à adopter le principe d’un étagement des plans sonores sur plusieurs niveaux. Cette disposition instrumentale originale m’apparut plutôt séduisante pour l’intérêt qu’elle offrait dans la recherche esthétique du buffet. Elle nécessitait cependant la réalisation d’une charpente complexe qui, dans l’espace imparti, si légère soit-elle, compliquait considérablement l’interventio du facteur d’orgues pour organiser autour de la console : sommiers, mécanismes, alimentations et tuyauterie.

la réussite du projet supposait donc, de la part de l’architecte, qu’il connaisse parfaitement les besoins du facteur pour lui apporter la solution technique et structurelle la mieux adaptée à l’organisation interne de l’instrument.

Fonction et harmonie

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Après de longs échanges et selon la composition sonore imaginée par le facteur, nous avons peu à peu édifié la structure idéale sur laquelle chaque élémenet devait trouver sa place.

Cette structure prenait appui sur 4 poutres en lamellé-collé placées en porte-à-faux sur la nef, au niveau de la galerie. La charge du grand orgue reposait sur cet ensemble formant plateau au droit de la console, alors que le positif placé légèrement en avancée était suspendu à celui-ci.

A ce stade de l’étude, le buffet n’avait d’autre fonction que celle de répondre à des critères purement techniques, imposés par le facteur, et le "parti architectural" de la façade n’était toujours pas arrêté, si ce n’est quelques principes issus naturellement de sa composition sonore.

Passage sans transition de lois physiques à l’expression la plus poétique, la façade d’un buffet d’orgue doit être en accord parfait avec son envoronnement et dégager, de par ses lignes, une impression telle que sa seule vision doit inciter à l’écoute.

Du silence à la lumière

Ainsi pour donner à l’orgue la majesté nécessaire et respecter l’ampleur et la pureté de la nef, il nous a semblé intéressant de composer la façade du buffet à partir d’un axe majeur placé verticalement au centre de la travée et constitué, en partie supérieure, de la montre du grand orgue, et en partie inférieure, de la montre du positif de dos. Deux tourelles de 20’ placées latéralement se retournent naturellement vers la tribune permettant de conserver une lecture parfaite et continue des colonnes fasciculées et de leur chapiteaux. L’originalité du buffet tient à la présence de ces tourelles qui relient le plan du grand orgue à celui du positif.

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L’ensemble du matériel sonore constituant la façade du buffet suit horizontalement un mouvement symétrique de courbes et de contre-courbes de faible amplitude, pour respecter l’organisation interne de l’instrument. La diversité des plans, leur mouvement et la présence de chamades en partie supérieure de la console suffisent à l’expression de la façade dont la modénature est volontairement sobre, à l’image du lieu. Le buffet ainsi composé offre les conditions optimales pour une bonne diffusion sonore. Réalisé en chêne massif, sa hauteur totales est de 11, 20 mètres. Des rehauts d’oront été exécutés en façade, sur certains éléments de modénature, pour mettre en valeur les grandes lignes du buffet. Un soin particulier a été apporté au traitement des sous-faces du buffet. L’accrochage du positif de dos, en partie haure de l’arcade inférieure, a fait l’objet d’une recherche approfondie. On notera l’importance relative de cet élément composé avec la sous-face du niveau de la console et dont le rôle est majeur pour léquilibre du buffet. C’est à Yves LEHUEN et à son atelier que l’on doit l’exécution du buffet.

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Né de la convergence de plusieurs savoirs réunis au sein de l’équipe de Bertrand CATTIAUX, facteur d’orgues, Jean-Luc GIRAUD, architecte et Yves LEHUEN, ébéniste d’art, cet instrument ne prendra véritablement son envol qu’avec l’ingéniosité créatrice et musicale de celui qui lui donnera la voix : le facteur d’orgues.

Jean-Luc GIRAUD, Architecte