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La fabrication du buffet (par Yves LEHUEN, ébéniste d’Art)

Entrer dans la Basilique Saint REMI est déjà très émouvant. Y construire un buffet d’orgue en nid d’hirondelle est une expérience exaltante.

Lorsque Bertrand CATTIAUX a proposé de m’associer à cette aventure, j’avoue n’avoir pas réfléchit très longtemps. Un eoccasion pareille à peu de chance de se reproduire pour moi.
Nous nous fréquentons depuis une dizaine d’année autour de chantiers de restauration et j’ai beaucoup d’estime pour Bertrand, son tact et sa droiture. Le travail de nos équipes s’est toujours fait dans la bonne humeur et la complicité.
Je ne connaissais pas Jean-Luc GIRAUD avant ce projet mais rapidement le courant est passé. J’ai pu apprécier sa gentillesse et son écoute. Le tutoiement est vite venu.
Charles DELHAYE et Marie-Pierre THIERY ont complété de leurs nuances indispensable cette palette de convivialité.
C’est dans ces dispositions que nous sommes partis dans cette aventure. Beaucoup d’échanges, de "tu crois pas que si on faisait comme ci...", de "je trouve que ce serait mieux comme ça". La suite au petit resot du coin en vitesse pour continuer à parler avant de reprendre le travail.
Puis est venu le temps des plans d’exécution, des détails, des petites choses auxquelles on n’avait pas pensé. Vous dire que tout le chantier a baigné dans la suavité serait mentir, mais les difficultés sont plus facile à résoudre lorsque tout le monde se met au service du projet.

Aujourd’hui, ce voyage se termine, un autre commence avec la vie de l’orgue.
Laissez moi vous raconter un peu mon bout du bébé, le buffet, la "huche" comme disaient les anciens...

L’ensemble du buffet est fabriqué en chêne de Bourgogne sec, acheté chez un scieur qui me fournit des bois "Monuments Historiques" depuis plus de 10 ans. Deux exeptions cependant : la charpente est réalisée en lamellé-collé pour les grosses sections (10X29cm) ou les grandes longueurs (6.50m). Ce choix s’est fait par souci d’avoir un minimum de déformations, le principe de pièces composites supprimant les tensions internes du bois massif dans ces formats. Sur le même principe, l’emploi de panneau en latté plaqué chêne pour les grandes surfaces d’habillage est retenu. Il permet un allégement sensible du poids.

Les assemblages sont à tenon et mortaise ou à enfourchement à clé. Certaines pièces de charpente sont moisées. Les bois sont traités et les éléments de structure sont vernis naturel.

La finition extérieure est de type cérusé avec une couche blanche de remplissage des veines tendres du bois préalablement creusées et une deuxième couche de lasure rouge orangée posée en glacis très léger. La lasure est retenue pour ces qualités esthétiques, d’entretien et de faible élecricité statique (attraction des poussières).

Si la fabrication repose sur des techniques classiques, la conception a fait appel aux moyens modernes.

Ce buffet est volontairement "modeste" dans sa volumétrie afin de s’intégrer dans l’édifice, mais sa position en nid d’hirondelle implique une structure interne importante afin d’absorber le porte-à-faux.

Le programme instrumental conséquent et les impératifs du lieu impliquent une optimisation des volumes internes et des fonctions de chaque pièce.

Enfin, sous l’apparente simplicité des formes, se cachent des courbes et des raccords de volumes complexes.

Nous avons donc choisi, Bertrand, Jean-Luc et moi, de travailler sur un logiciel de dessin volumétrique ce qui nous a permis de mettre au point le projet, chacun apportant dans son domaine les données au fichier et pouvant prendre les informations dont il avait besoin.

J’ai pu aussi, grâce au logiciel en trois dimensions, fournir un plan du pontage à réaliser autour du buffet virtuel lors de l’installation de l’échafaudage.

Internet nous a permis d’échanger ces fichiers et des photos numériques autour desquels quelques points de détail ont pu être réglés facilement malgré les distances.

Toute l’équipe de l’entreprise LEHUEN s’est mobilisée autour de ce projet. Evelyne GOSNET, notre charmante secrétaire, a assuré le suivi administratif du dossier. Les compagnons ont travaillé en équipe mais chacun a eu en plus des responsabilités particulières :

Arnaud MORIN a fabriqué les claires voies, aidé ses aînés et préparé les départs en pose.
Didier MORIN s’est occupé des habillages du soubassement et des portes contrées du positif ; il a doré et peint le buffet.
Eric VIGAN a taillé la charpente et réalisé le buffet avec le coup de main ponctuel de ses collègues.
Votre serviteur a beaucoup pianoté sur l’ordinateur, répondu aux questions et insufflé ses connaissances de construction navale pour le plafond courbe de la console.

Nous nous sommes tous beaucoup investis autour de cette réalisation qui est notre « chef d’œuvre », oubliant nettement les impératifs de la rentabilité, mais avec la fierté de penser que dans 200 ans, des hommes admireront notre travail comme nous admirons celui de nos anciens dans nos travaux de restauration.

Enfin, nous avons reçu un accueil chaleureux des Rémois, plein de curiosité et d’attention. Ils ont été aux petits soins pour nous, tant pour l’hébergement que pour les conditions de travail dans la Basilique.

Qu’ils en soient tous vivement remerciés !

Yves LEHUEN