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Composition et esthétique de l’instrument (par B. CATTIAUX, facteur d’orgue)

Lorsqu’en 1996 fut lancé l’appel d’offres pour la construction d’un grand orgue dans la Basilique Saint-Remi avec la volonté réelle de créer un instrument contemporain loin des pastiches et de sreconstructions hasardeuses, je fus tout de suite attiré par ce défi d’autant plus que Jean-Loup BOISSEAU, avec qui j’étais associé et moi-même avions une étiquette de restaurateurs et non de créateurs. L’expérience que j’avais acquise grâce aux restaurations de nombreux instruments français de divers siècles me motivait à m’engager pleinement dans l’élaboration de ce projet.

Devant la beauté et la magnificence du lieu, sachant que nous étions susceptibles de créer une oeuvre architecturale et musicale devant s’intégrer naturellement et durablement, je proposais à Jean-Luc GIRAUD, architecte, de concevoir le dessin du buffet en relation étroite avec moi.
Après de nombreuses séances de travail nous avions dégagé les grandes lignes du projet et décidions de présenter les dessins sous forme d’images virtuelles.
C’est tout naturellement que j’ai demandé à Yves LEHUEN, ébéniste, de se joindre à nous pour tenter l’aventure : les relations que nous avions eues lors de chantiers de restaurations m’avaient conforté dans l’idée que nous parlions le même langage.

Je ne m’appesantirai pas sur la période d’élaboration des plans et sur la fabrication en atelier qui dura près de 2 années, mais je voudrais simplement essayer de vous faire partager les sensations que tous les membres de mon atelier et moi-même ont ressenties depuis le 25 janvier 2000, jour de notre arrivée pour le montage de l’instrument.

Cet édifice saisissant qu’est Saint-REMI vous cueille et vous emporte afin que vous donniez le meilleur de vous-même et cela dès que vous pénétrez dans le trasept par le portail sud. Depuis le premier jour de montage, les moments forts se sont succédés à un rythme soutenu : La mise en place de la structure et du buffet réalisés de main de maître par Yves LEHUEN et son équipe, La découvert de cet ensmble imposant après la dépose de l’échafaudage, le mise en place des premiers éléments de l’orgue (les sommiers et la mécaniques), la fabrication dans la Basilique des grands tuyaux de façade et leur mise en place si délicate, la vision finale une fois que tous les tuyaux de façade furent positionnés et enfin la certitude que nous avions atteint le but fixé : créer pour cette nef unique un instrument contemporain qui s’intégre naturellement et qui fait déjà "partie des meubles".

Un autre grand moment : le jour où, après avoir mis le vent, le premier tuyau a été posé sur un sommier et que l’on a entendu le son se développer dans cette acoustique fabuleuse, sensation accentuée par l’emplacement idéal de l’orgue.

Pour ce qui est du choix musical je me suis inspiré de deux instruments que nous avons eu l’occasion de restaurer récemment ; il s’agit de l’orgue d’Etampes (91) qui date en grande partie du XVIème siècle, et celui de Bolbec (76) qui a été construit en 1630. Bien que de style différent, ces deux instruments français ont subi l’influence de la facture d’orgue flammande qui est la base de la grande facture parisienne du XVIIème.

L’orgue de Saint-REMI sera donc un instrument polyphonique français qui permettra d’aborder un répertoire européen des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles ainsi qu’une partie du répertoire du XXème siècle. Il est, de plus résolument tourné vers le répertoire contemporain.

Après 3 mois de montage nous sommes bientôt prêts à commencer l’harmonie qui sera l’étape finale de cette somme de travail réalisé par tous les membres de l’atelier engagés complétement dans ce projet et que je tiens à remercier : Dominique Da Silva, Laurence DOM, Pierre-Yves LEBLE, Helmut ECKHARDT, Christophe TRICOIRE et Matthieu VION.

Je tiens ici à remercier Charles DELHAYE ainsi que Marie-Pierre THIERY et tous les membres de l’Association Renaissance des Grandes Orgues de Saint-Remi qui nous ont si gentiment accueillis, créant autour de ce grand orgue un climat de confiance et d’amitié qui, je l’espère, transparaîtra à travers la musique.

Bertrad CATTIAUX